Voyager utile : le volontourisme est-il une forme de tourisme durable ?

Temps de lecture : 5 minutes

Vous avez peut-être déjà envisagé de faire du bénévolat pendant vos vacances à l’étranger. Les exemples d’activités proposées par une diversité d’organisations sont multiples : construire une école, repeindre une salle de classe, distribuer des fournitures scolaires… 

Ces missions sont souvent présentées comme une manière de « faire une différence » tout en voyageant. Cette pratique porte un nom : le volontourisme. Elle combine tourisme et volontariat en proposant aux voyageurs de participer à des projets souvent dits «humanitaires» ou «solidaires» dans des communautés locales. Si les intentions du volontourisme sont généralement sincères, leurs effets sont fréquemment bien différents de ceux recherchés. Mais alors à qui profite réellement cette expérience ? 

Une aide qui ne répond pas toujours à des besoins réels 

L’une des principales limites du volontourisme n’est pas le bénévolat en lui-même, mais le fait qu’il repose souvent sur une aide imaginée par les voyageurs ou les organismes qui les accueillent, plutôt que sur les besoins exprimés par les communautés. Or une action ne devient durable que lorsqu’elle répond à une demande réelle, que les bénévoles ont les compétences adaptées pour la réaliser et qu’elle s’inscrit dans la durée et dans un projet porté par les communautés elles-mêmes.  

Repeindre une école ou s’impliquer dans un orphelinat, par exemple, sont des actions qui peuvent sembler utiles aux voyageurs, mais dont les retombées pour les populations sont souvent limitées, à court comme à long terme, et qui peuvent même entraîner des 

effets sociaux dommageables. Il arrive que ces actions soient perçues avant tout comme une occasion de faire une « bonne action », sans que les voyageurs aient nécessairement eu l’occasion de se renseigner sur les organismes qu’ils rejoignent, leurs projets ou les besoins des communautés concernées.  Puis, les offres de « voyage humanitaire », bien qu’attrayantes, consacrent trop souvent une part importante des sommes versées à la gestion administrative plutôt qu’à des retombées directes pour les communautés. Le volontariat se transforme alors en objet et en façade marketing.

Les conséquences négatives sur les communautés 

Le volontourisme peut avoir des conséquences négatives directes sur les communautés locales, comme en fragilisant les économies locales. Dans certains cas, des volontaires étrangers occupent gratuitement des postes qui pourraient être confiés à des professionnels locaux. Cette concurrence déloyale réduit les opportunités d’emploi pour les communautés et crée une dépendance envers une main-d’œuvre extérieure. 

C’est particulièrement vrai lorsque des voyageurs construisent des bâtiments ou réalisent des tâches pour lesquelles ils ne possèdent ni les qualifications ni l’expérience nécessaire. Des tâches pour lesquelles les compétences ou l’expérience nécessaires ne sont pas détenues ne seraient généralement pas réalisées par des voyageurs dans leur propre milieu de vie. La même prudence devrait s’appliquer dans un contexte de voyage, d’autant plus lorsque des personnes qualifiées sont déjà présentes sur place.  En plus d’une question de savoirs et de compétences, cela représente une question de sécurité et de responsabilité pour vous pendant vos activités de volontariat et pour les personnes qui vont utiliser ce que vous mettez en place pendant votre expérience. 

Voyager de façon durable autrement 

Il y a tout de même une bonne nouvelle : il est possible d’avoir un impact positif en voyageant, le tout sans nécessairement ajouter de projets de volontariat à votre itinéraire.  

Le meilleur moyen de soutenir une communauté est de voyager de manière consciente. Choisir un hébergement géré localement, manger dans des restaurants tenus par des habitants, acheter directement auprès d’artisan.e.s, faire appel à des guides locaux ou participer à des activités proposées par les communautés. Cela permet de générer des retombées économiques concrètes dans les communautés. Ce tourisme contribue notamment à créer des emplois, à diversifier les sources de revenus, à freiner l’exode rural et à valoriser les savoirs et les cultures locales. 

Cependant, si vous tenez à mettre vos compétences à profit et vous impliquer dans un projet porté par la communauté d’accueil, c’est aussi possible.

Crédit photo: Rodrigo Mollinedo

Il est alors pertinent de communiquer avec des organisations ou des partenaires ancrés localement, de se renseigner sur les actions en cours, de considérer la durée de son séjour afin d’évaluer l’impact réel qui peut être généré et de définir le type de tâches auxquelles il serait possible de contribuer.

Un bénéfice pour les communautés et les voyageurs  

Voyager de manière responsable ne profite pas seulement aux communautés d’accueil. C’est aussi une façon pour les voyageurs de vivre des rencontres plus authentiques, de tisser des liens, de découvrir un territoire à travers celles et ceux qui le font vivre et de mieux comprendre les réalités locales. 

Le tourisme durable et communautaire favorisent également la protection de l’environnement. Les revenus générés peuvent soutenir des actions de conservation, encourager la préservation de la biodiversité et développer des expériences respectueuses des ressources naturelles et des écosystemes fragiles. 

Chaque personne qui voyage peut contribuer à un tourisme responsable par des choix conscients. Le choix d’initiatives portées par les communautés locales contribue ainsi à un tourisme plus juste, plus durable et plus enrichissant, tant pour les voyageurs que pour les personnes qui les accueillent.  

Crédit photo: Annie-Claude Roberge

De plus, dans le tourisme communautaire, les communautés choisissent de recevoir des visiteurs, elles sont fières de le faire et de partager une expérience avec ceux-ci. Elles font elles-mêmes le choix d’offrir et de gérer des expériences touristiques. Dans ce cadre, le fait de choisir ce type de services dans votre itinéraire est alors une marque de respect et de reconnaissance, ainsi que la forme la plus directe d’impact que vous pouvez générer, car les communautés elles-mêmes pourront décider de comment réinvestir les bénéfices de leurs initiatives.

L’une des façons les plus concrètes de contribuer pendant un voyage consiste alors à vivre des moments de rencontre, à écouter, à apprendre, à échanger et à découvrir les communautés à travers leur propre regard.  

Le tourisme développé et géré de manière durable présente un important potentiel de retombées positives tant pour les communautés que l’environnement, il vaut donc la peine d’intégrer l’impact des initiatives que nous visitons en voyage parmi nos critères de premier choix. À travers son Label de tourisme durable, Village Monde a identifié et certifié plus de 3000 initiatives touristiques à travers 70 pays, des initiatives aussi variées que les profils des voyageurs auxquels elles s’adressent, répondant à une diversité d’intérêts, de besoins et de budgets.

Pour aller plus loin sur le voyage responsable, découvrez d’autres articles sur notre blogue: Voyageurs responsables: réflexions et conseils Archives – Village Monde  

En continuant à utiliser le site, vous acceptez notre politique de confidentialité et de cookies.

J'accepte